Le pape François propose de faire de ce troisième dimanche du temps ordinaire une journée de réflexion et de prière sur l’importance de la Parole, et bien sûr en particulier de la Parole de Dieu, des messages bibliques dans notre vie. Ce dimanche n’a pas été choisi par hasard. Il fait suite au baptême du Christ, dimanche dernier, 2ème dimanche, et correspond au début de la mission de Jésus. Saint Matthieu nous montre qu’en Jésus s’accomplit une parole tirée du prophète Isaïe.

               En effet, Matthieu prend soin de nommer les lieux que Jésus parcourt : le carrefour des nations, la Galilée, que désignait Isaïe et qui était promis à une grande lumière, voit se réaliser l’ancien oracle. Les territoires de Zabulon et de Nephtali au nord de la Galilée, appelés « Galilée des nations », sont un lieu de passage influencé et contaminé par le monde païen. Mais le prophète réagit et annonce que ces territoires vont bénéficier, eux aussi, du salut que le Seigneur prépare.

               C’est en Galilée qui n’avait pas une bonne réputation, loin de Jérusalem, en plein cœur de ce monde bigarré, un monde païen où l’on ne cesse de s’affronter et de se diviser, que Jésus lui-même se rend à Nazareth, une ville dont on se demande ce qu’il peut sortir de bon. Matthieu précise que Jésus quitte Nazareth où il semble connaître des difficultés suite à l’exécution de Jean-Baptiste pour s’installer dans la maison de la belle-mère de Pierre à Capharnaüm, à une journée de marche seulement vers l’est.   

               C’est de la part de Jésus un défi lancé au péché et à Satan ; c’est en même temps un acte de foi extraordinaire en l’homme. Il aurait pu se dire qu’au point où ils en étaient, il ne pouvait pas compter sur eux : or, il va jusqu’à choisir ses premiers responsables parmi les habitants de cette région. S’adressant à Pierre et à André, il leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » Il n’appelle pas des champions de la Bible ou de la liturgie, mais des gens tout-à-fait ordinaires, des simples pêcheurs.

               Quelles conséquences pour notre foi ? La première, c’est que nous sommes tous appelés tels que nous sommes. Le Seigneur n’appelle pas les plus capables, mais il les rend capables. Tout l’Évangile montre qu’il est venu « chercher et sauver ceux qui étaient perdus ». C’est ce qui s’est passé pour saint Paul, le persécuteur et bien d’autres. La bonne nouvelle de l’Evangile est pour tous : aucun être humain, aucune situation n’échappe à la proximité et à l’amour de Dieu. C’est donc un appel à changer notre regard sur les personnes et sur le monde. Trop souvent, nous avons un regard méfiant ou désabusé. Si nous voulons être disciples-missionnaires, nous devons nous tourner vers le Christ et nous laisser guider par lui. Il nous apprendra à accueillir chacun tel qu’il est, à lui faire confiance et à lui donner toutes ses chances. Nous sommes appelés à être « l’amour du Christ ».

               Quand le pape François invite l’Eglise à aller vers les « périphéries », il ne fait qu’actualiser ce qu’a fait Jésus. Le suivre, c’est aller avec lui pour se rendre proche de chacun et surtout de celui qui est marginalisé. C’est Lui qui nous envoie son Esprit Saint et qui agit dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route. Sans Lui, rien n’est possible. Jésus, le Galiléen, est toujours là, vivant et agissant au cœur de l’Église. Il est la lumière pour éclairer toutes les nations. C’est en nous rapprochant de Lui que nous apprendrons à voir les autres comme des frères. C’est l’appel que nous lance l’apôtre Paul à l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. S’adressant à la communauté de Corinthe, il leur rappelle que les rivalités missionnaires sont sans intérêt. Il n’y a qu’un seul Seigneur qui envoie Apollos, Paul et Pierre. La division entre chrétiens est toujours un contre-témoignage.

               Le regard du Christ sur les Galiléens des nations et les pêcheurs du lac était plein de miséricorde. Il compte sur nous pour avoir le même regard sur le monde d’aujourd’hui. La qualité de notre regard reflète celle de notre foi. En nous rassemblant à l’église, nous venons puiser à la source de l’Amour qui est en Dieu. Nous nous nourrissons de sa Parole et de son Eucharistie. Demandons-lui qu’il nous donne la force et le courage pour la mission qu’il nous confie : « Toi qui es la lumière du monde, Toi qui es l’amour, mets dans nos ténèbres ton Esprit d’amour ! ». AMEN.