Nous sommes dans le temps de la patience et de la miséricorde de Dieu !

Comment ai-je pu mériter cela ? Tel est le cri spontané de beaucoup d’entre nous lorsqu’il nous arrive quelques accidents, quelques malheurs. Ceux-ci, surtout s’ils sont mortels, comme dans l’évangile de ce dimanche, sont tout de suite interprétés en termes de culpabilité et de responsabilité personnelle, ou bien comme accusations contre Dieu. Or Jésus écarte de telles interprétations vraiment trop simplistes. D’abord, comme il le précise clairement, parce que ceux  à qui il arrive quelque chose ne sont pas plus coupables que les autres, et même souvent ils apparaissent plus innocents.

              Pourquoi Dieu ne punit-il pas ceux qui font le mal ? Pourquoi laisse-t-il faire le méchant ?  

Les lectures de ce troisième dimanche de Carême, journée de prière pour les personnes victimes d’abus au sein de l’Église, interrogent l’image que nous nous faisons de Dieu.

              La première lecture du livre de l’Exode nous montre comment Dieu se révèle à Moïse : ce buisson qui brûle et ne se consume pas, est le symbole de Dieu. Moïse découvre que Dieu est un feu ardent. Plus tard, saint Jean dira que « Dieu est amour ». Cet amour est un feu qui ne se consume pas, car il est éternel. Il va en priorité vers les pauvres, ceux qui sont opprimés et exploités : « J’ai vu la misère de mon peuple, je connais ses souffrances ». Le vrai Dieu est avec tous ceux qui sont opprimés et réduits à la misère. Il est avec eux pour les délivrer. Mais il ne veut pas le faire sans nous.

              Le même Dieu voit la misère de nombreux peuples d’aujourd’hui. Il voit la misère des victimes des guerres en Ukraine et dans de nombreux pays dont les médias ne parlent pas. Il est « Emmanuel » ce qui signifie « Dieu avec nous ». Toute la Bible nous dit qu’il est avec le pauvre qui vit dans l’angoisse, le petit qui est réduit à la misère. Il est encore avec celui qui subit la domination de l’exploiteur. Dieu veut le salut de tous les hommes, mais il ne veut pas les sauver sans nous. Il ne cesse de nous appeler à travailler ensemble à la construction d’un monde plus juste, plus solidaire et plus fraternel.

              Lorsque nous nous pensons punis par Dieu nous ne sommes pas avec le Dieu de l’Évangile. C’est là qu’intervient la petite parabole du figuier qui souligne la persévérance et l’espérance du maître ; Il a attendu des fruits pendant trois ans et accepte que son vigneron se donne du mal, une année encore, dans l’espoir d’une récolte. Nous avons tous identifié le vigneron, c’est le Christ venu travailler notre terre humaine pour que nous portions des fruits de grâce.

              Telle est l’attitude de Dieu avec chacun, chacune d’entre nous, telle est la mesure de son cœur pour les justes comme pour les pécheurs, et encore un peu plus pour les pécheurs que pour les justes, étant donné que tous également, comme le rappelle saint Paul aux Corinthiens, sont les fils de la colère, si Dieu n’écoutait que la stricte équité, mais que tous sont appelés à devenir fils de la grâce, fils de son amour, dans la mesure où, en dernière analyse, Dieu prête d’abord attention à son cœur, à son affection pour nous. Il commence donc par nous accorder du temps gratuitement, généreusement et surabondamment. Non pas un temps qui soit un piège, mais un temps qui est le temps de sa patience et de son Amour. Car Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il vive. L’arbre de la croix sur lequel mourut le Seigneur Jésus est le signe de la patience de Dieu ; il n’en est pas moins un appel urgent à la conversion, à convertir notre regard pour qu’il se pose de plus en plus sur celui qui, dans l’Eucharistie, nous donne tout son amour. AMEN.