Ce 4ème dimanche de Pâques est dans toute l’Eglise catholique un dimanche de prière pour les vocations. Nous pouvons laisser monter notre prière en particulier pour les jeunes pousses : les séminaristes de notre diocèse (Vincent, Thomas et Paul), les postulants et novices des différentes communautés religieuses implantées dans la Mayenne, et, bien entendu, les jeunes gens et jeunes filles qui se posent la question de consacrer leur vie au Seigneur et à l’Eglise.

L’évangélisation est un œuvre spirituelle qui prend sa source dans la prière : notre prière à tous, votre prière à chacun est un soutien invisible et réel.

Le 7 mai, je fêterai mes 20 ans d’ordination sacerdotale. J’aurais bien aimé fêter cet anniversaire avec vous, au cours d’une messe dominicale, mais ce n’est que partie remise. Sans aucun doute, je peux dire avec Thérèse de Lisieux que, depuis 20 ans, le Seigneur a « dépassé mon attente ». Avec vous et grâce à vous, la joie m’habite, ce qui n’exclut pas les épreuves. Marthe Robin disait quand dans notre vie, il y a toujours la Croix et la Joie.

Comme chrétien avec vous et comme prêtre pour vous, je suis témoin de belles choses, tant dans la vie de l’Eglise que dans la vie spirituelle des personnes. La diversité, la foi et l’engagement des chrétiens autour de moi me portent et suscitent mon admiration. Dans mon ministère, je suis souvent « traversé » par la grâce de Dieu et, comme le curé de campagne de Bernanos, je constate le miracle de nos mains vides : on peut donner même ce que l’on n’a pas. Je ne nourrissais guère d’illusions en devenant prêtre et ne suis nullement déçu, même si la lente apostasie de l’Europe occidentale arrive désormais à un seuil inédit.

L’absence de foi peut susciter ma déception, mais bien vite, je me sens appelé à revenir au mystère des personnes que je rencontre et au mystère même de la foi qui m’habite. C’est dans cette époque et non dans une autre qu’il nous faut faire l’expérience de la Joie de l’Evangile à laquelle le Pape François nous appelle : joie reçue de l’Evangile (c’est magnifique, la vie chrétienne !) et la joie d’annoncer l’Evangile (quel bonheur de parler de Jésus) !

Je suis heureux dans mon célibat, choisi il y a 25 ans. Je suis ainsi présent et disponible à beaucoup de personnes très différentes. Le temps pour la prière est intégré à mon mode et mon rythme de vie. C’est une respiration ou plutôt un rythme respiratoire. Etre célibataire me permet aussi de « récupérer » plus facilement de la fatigue… C’est vrai, je « donne » beaucoup de temps et d’énergie pour le diocèse et pour la paroisse (pas assez pour la paroisse…), mais j’ai aussi plus de temps que certains papas et certaines mamans ! Ne nous plaignons pas…

Durant ces semaines de confinement, nous vivons une expérience difficile, qui ne doit pas nous centrer sur nous-mêmes mais nous inviter à rechercher deux choses :

1/ la présence de Dieu — l’hôte intérieur de nos âmes — au fond de nous-mêmes…

            N’hésitons pas à prier, à donner du temps à Dieu, gratuitement.

            Si vous pouvez prier en famille, faites-le !…

 

2/ la présence et le service aux autres, par tous les moyens à notre disposition :

            notre activité professionnelle sur site ou en télétravail (elle peut le permettre)

            la qualité de notre vie de famille, si l’on est plusieurs dans la maison

            le soutien aux personnes malades ou isolées

le téléphone, internet, le courrier postal…

Comme vous le savez, les célébrations publiques dans les églises ne reprendront pas avant la fin du mois mai… Sollicités par le ministère de l’intérieur, nos évêques ont présenté un projet de déconfinement très prudent, qui n’a pas été pris en considération pour la date du 11 mai.

Malgré la déception qui peut être la nôtre, accueillons avec sagesse cette décision gouvernementale, qui s’impose à bien d’autres groupes de personnes. Durant tout le mois de mai, les restaurants, les bars, les cinémas, les théâtres… ne sont pas non plus habilités nous à rassembler du public.

Nous pouvons nous sentir incompris en voyant que pour la République laïque, assister à un spectacle ou « assister » à la messe, c’est la même chose. Le « sanitaire » semble écraser le « salutaire ». Nous sentons bien la difficulté d’un tel positionnement sur le fond, qui n’a rien de neuf, finalement… Nous le croyons, la foi chrétienne permet à l’être humain intégral — âme, corps, esprit — de donner le meilleur de lui-même dans le service des autres et le respect des plus faibles. La dimension spirituelle et cultuelle est essentielle dans notre foi chrétienne… Reconnaissons cependant que les responsables politiques, avec des tâtonnements compréhensibles, font leur possible pour garantir la santé des personnes. Soutenons-les dans cet effort. Le moment venu, je suis sûr que nos communautés chrétiennes saurons se montrer suffisamment organisées et disciplinées pour se rassembler sans risque sanitaire.

Pour l’heure, il est bon de nous appuyer sur les paroles de saint Paul : « Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. (Rm 12, 1-2)