Nous commençons un mois riche en densité spirituelle et en couleurs liturgiques : la fête de la Toussaint, la commémoration des fidèles défunts, solennité du Christ Roi et l’entrée dans le temps de l’Avent. La fête de la Toussaint est célébrée, aujourd’hui, mardi 1er novembre. En Ce jour, l’Église célèbre la fête solennelle de tous ceux qui sont totalement sanctifiés et ont atteint la vie éternelle dans la présence de Dieu. La Toussaint est un jour où nous devons exprimer l’espérance qui habite en nous dans notre univers, aujourd’hui, marqué et distancé de toute référence religieuse.

 

Cette espérance devra être aussi vive et ravivée, puisque l’année a été marquée par la canonisation de 10 bienheureux. C’était le 15 mai dernier. Ils viennent enrichir la vie de l’Église en témoignant de l’espérance qui animait leur foi. Ainsi, devrons- nous louer et magnifier, car l’abondance de la sainteté   découle de l’abondance de la Miséricorde  de Dieu : Dieu nous te louons, Seigneur, nous t’acclamons dans l’immense cortège de tous les saints !

 

En France, nous nous souvenons en particulier de Charles de Foucauld et César de Bus. 

« J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu », disait le pape François dans une de ses exhortations apostoliques, ‘’Gaudete et exsultate $ 7’. Il parlait de la sainteté ordinaire, celle des choix quotidiens, des responsabilités généreuses, de l’amitié désintéressée, la sainteté « de la porte d’à côté ». Souvent difficile à identifier, tellement elle est discrète ! elle ne se donne ni par le savoir ni par le faire mais elle se reçoit de Dieu, dans un cœur ouvert et sensible à sa présence. Nous sommes tous appelés à accueillir la sainteté de Dieu quels que soient notre âge et notre expérience spirituelle. La sainteté est notre mission[1] et notre vocation commune première.

Cette mission, contemplée dans l’évangile de ce jour, nous dresse ses éléments saillants, repris dans le chant d’entrée à son couplet sept « Pour tant d’espoir et tant de joies, plus tenaces que nos méfaits ; pour tant d’élans vers ta justice, tant d’efforts tendus vers ta Paix. » C’est à l’école de l’espérance, de la joie de la foi, de la charité, de la justice et de la paix que la culture de la sainteté germera. 

En élevant les yeux vers le ciel pour contempler les saints, les dénombrer et les admirer, nous trouvons l’occasion d’entrer en nous- mêmes pour corriger deux idées plus ou moins vraies que nous avons des saints afin d’augmenter en nous- mêmes les dispositions à devenir des saints à notre tour.

La 1ère idée, c’est comme les saints sont les membres d’une liste fermée, composée de bienheureux et de canonisés, quoi qu’en contiennent les missels quotidiens et certaines éditions de calendriers annuels. Cette conception n’est pas totalement fausse.

De fait, qui n’est pas saint ne peut figurer sur cette liste regroupant des hommes et des femmes de tous pays et tout âge, vénérés dans l’Église comme des saints suite à des enquêtes méticuleuses et à un procès rigoureux.

Est- ce à ce nombre fermé que nous renvoie le livre de l’Apocalypse dans l’extrait de la 1ère lecture de ce jour, lorsque le visionnaire de Patmos voit se déployer 144.000 marqués du sceau de l’Agneau en signe du salut, 12.000 de chaque tribu d’Israël ?

En réalité, comme Israël est aussi à prendre au sens symbolique, ce chiffre n’est que symbolique. Le chiffre 1000 qui le compose indique une multitude innombrable ; et le chiffre 12, racine carré de 144 indique la perfection, la complétude, en sorte qu’un nombre aussi précis que 144 se trouve tout à fait consonant avec l’autre aspect de la même vision, qui déploie devant nous une foule immense que nul ne pouvait dénombrer : une foule de toutes les nations, races, peuples et langues.

La 2ème idée, c’est d’estimer les saints comme des gens moralement parfaits. C’est ce que laisse entendre l’Église elle- même lorsqu’elle se fixe de relever les vertus héroïques dans une vie avant de canoniser la personne. Tout se passe comme si les saints étaient ceux qui en font plus que le commun en matière de vertus et moins que le commun en matière de vices. Or les saints ne sont pas nécessairement ceux qui sont sans péché ni ceux qui, en leur existence en ont commis le moins possible ou les moins graves. Il se fait que la sainteté ne se mesure pas en proportion des péchés commis mais de la miséricorde de Dieu qui ne connait pas de péché impardonnable. Ce n’est certainement pas en faisant de l’humour ou de l’ironie que le Père Daniel Ange soutient que ‘’les assassins peuvent devenir saints, puisque le 1er canonisé et par Dieu lui- même était sans doute le gangsaire crucifié avec Jésus qui lui déclare : « en vérité je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis »’’

Le saint, c’est celui qui se sent infiniment plus aimé qu’il n’est pécheur, et s’ouvre constamment à la conversion par son repentir. Si nous ne nous dépêchons pas de redresser ces deux idées, le risque est fort de croire que la sainteté soit pour tous les autres sauf pour nous- mêmes. Or, ni la faiblesse, ni le péché de l’homme n’en font fatalement pas un condamné à perpétuité. Les chances de la sainteté sont données à tous. Par le terme ‘’tous’’, il ne faut pas seulement entendre les baptisés, car ce n’est pas dit que les frontières de l’Eglise coïncident forcément avec les murs de nos églises. C’est la même idée que défend sainte Thérèse de Lisieux, quand elle écrit : « rien ne nous rassure que les saints canonisés soient les plus grands. » Nous n’avons donc aucun droit de limiter les effets de la Rédemption que le Christ opère par son céleste amour et sa carrière terrestre.

Tout cela laisse entendre que la sainteté ne relève pas de l’espoir de l’homme mais de la merveille de l’amour de Dieu, qui nous a élus dès avant la fondation du monde pour être saints et immaculés en sa présence dans l’amour : une merveille de l’amour divin.

Dans notre monde, la sainteté ne doit pas apparaitre comme une denrée rare ni un domaine réservé. Et c’est avec une audace justifiable, que le Père Daniel Ange affirme : ‘’ Pas un seul d’entre nous qui n’ait de saint dans sa généalogie.’’ Le Pape François se donne encore plus de hardiesse, en parlant des saint de la rue d’en face, pour montrer qu’on peut facilement se trouver à côtoyer des saints. Et saint Paul s’adressant à ces communautés, les appelle ‘’saints’’ (Rm. 1,7 ; 1Co.1, 2 ; 2Co. 1,1 ; Eph.1, 1), laissant entendre que la sainteté n’est pas pour les temps eschatologiques, mais que nous sommes saints, sanctifiés par le sang du Christ. Dès maintenant, nous sommes du cortège des saints et des saintes. Et l’ensemble des béatitudes proclamées par le Christ devient notre carte d’identité, en tant que citoyens du Royaume de Dieu. Mais chacun devra chercher et reconnaitre laquelle béatitude correspond à sa photo sur cette carte pour s’y accrocher.