Tout d’abord, il faut l’avouer, les mots que nous venons d’entendre, nous déroutent. Ils appartiennent à un genre littéraire, très particulier, dit de l’Apocalypse : mot qui signifie « Révélation ». Révélation non pas de l’avenir, mais du sens des événements que les hommes vivent depuis toujours et qui se répètent inlassablement au fil de l’histoire. L’Eglise nous propose de méditer sur ces phénomènes de violence et de mort, symboles de la fragilité de notre monde : « Des jours viendront où il ne restera pas pierre sur pierre. Tout sera détruit. »

                 Savoir admirer… sans se laisser attacher, captiver par les biens de la terre ! Tout passe, Dieu seul demeure… Les créatures doivent nous conduire au Créateur et non prendre sa place dans nos cœurs. Il en va de même pour la maison de Dieu : le temple de Jérusalem, nos églises, où le Seigneur réside par son Eucharistie, sont des lieux privilégiés pour le rencontrer, mais ils ne sont que des moyens. « Toi seul, Seigneur, es l’unique temple où l’on trouve vraiment Dieu. Personne ne va vers le Père si ce n’est par moi », dit Jésus dans l’évangile selon saint Jean. « Tu veux faire de nous, dit saint Pierre, des pierres vivantes de ce temple ».

                 Face à l’ampleur des problèmes de notre temps, l’oisiveté n’est pas acceptable. « Si quelqu’un ne veut pas travailler, dit St Paul aux Thessaloniciens, qu’il ne mange pas non plus ». Et le pape François aux dernières JMJ : on ne peut plus être un jeune aujourd’hui qui reste affalé sur son divan. L’indice pour savoir comment nous nous comporterons en situation de grande détresse est notre volonté présente de ne pas rester passifs face aux défis du monde, aux urgences qui se présentent à nous. Le Christ le dit à la fin de l’évangile « C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. » Le Seigneur nous demande de persévérer dans la foi et le service fraternel.

                 Ce service fraternel, en cette « 6ème Journée des pauvres », le pape nous appelle à l’exercer particulièrement envers les personnes déplacées ou exilées. La guerre en Ukraine est venue s’ajouter aux guerres régionales qui sèment la mort et les destructions, le pape reconnaît les difficultés pour assurer la continuité du secours, mais souligne le devoir chrétien de persévérer : « Pour nous, la générosité trouve sa motivation la plus forte dans le Fils de Dieu. De riche qu’il était, dit saint Paul, il s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté. »

                 En effet, si vous voulons croire, quels que soient les défis, les drames, les catastrophes et la mort même qu’il nous faudra affronter, si nous avons su laisser l’amour du Christ lui-même prendre, à travers nous, notre défense, malgré la souffrance ou les persécutions, nous entendrons alors Dieu, son Père et notre Père, nous dire, comme le disait l’antienne de l’Evangile : « Redresse-toi et relève la tête, car ta rédemption approche ». Il n’y a que le Christ en nous qui résistera à l’effondrement de tous les temples. Jésus nous dit qu’il ne nous abandonnera jamais : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. » Quand tout va mal, il est celui qui donne le courage de travailler à la construction d’un monde de paix plus juste et plus fraternel. Il n’y a pas d’autre sauveur à attendre que Jésus mort sur la croix et ressuscité !  

                 Ce sera alors la véritable Révélation, à travers nous, de la puissance d’aimer de Dieu. Il suffit de persévérer à simplement aimer. Si vous persistez à aimer Dieu et l’humanité, quels que soient les défis qui se présentent à vous, vous n’aurez jamais peur, c’est cet amour qui parlera pour vous – et vous serez sauvés. Amen.