« Qu’as-tu que n’aies reçu et si tu l’as reçu pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Co 4,7)

Cette question de saint Paul dans sa Première Lettre aux Corinthiens, elle s’adresse à chacun de nous. Notre nourriture, nos vêtements, notre maison ou notre voiture…  nous estimons souvent que tout cela, nous l’avons gagné par notre travail, nous l’avons mérité. Une oraison du missel dit même ceci : « Regarde le travail que nous avons à faire : qu’il nous permette de gagner notre vie. »

Saint Paul ne dit pas le contraire, mais il nous rappelle une chose toute simple : ce qui t’a permis de travailler et de gagner ta vie, c’est bien ta santé, tes capacités physiques,  ton intelligence et l’éducation familiale dont tu as bénéficié. Et tout cela, tu l’as reçu, alors que d’autres — tu le sais — n’ont pas eu la même chance que toi…

« Qu’as-tu que n’aies reçu et si tu l’as reçu pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? »

Au peuple d’Israël qui oublie bien vite d’où il vient, Moïse rappelle aussi ce matin son origine : Il n’y pas si longtemps vous étiez esclavage et pauvres en Egypte, vous étiez sur une terre étrangère ; vous étiez des immigrés en terre d’Egypte : alors, ne maltraitez pas l’immigré ! Vous étiez pauvres : alors ne maltraitez pas le pauvre !

Maltraiter l’immigré ou le pauvre, c’est maltraiter un autre homme, une autre femme… Plus profondément, c’est oublier qui tu es toi-même et d’où tu viens ; c’est te replier sur ce que tu crois posséder en propre ; c’est oublier l’action de grâce qui dilate la charité et entretient l’humilité.

L’invitation de Jésus à « aimer son prochain comme soi-même »
prend alors tout son sens.

Aimer comme soi-même le prochain pauvre ou immigré,
c’est reconnaître que nous sommes du même bois…

Notre confort, notre richesse, notre situation,
nous avons reçu tout cela, bien plus que nous ne l’avons construit de nos mains.

Dans une société capitaliste, cela nous invite à faire la différence entre ce qui est légal et ce qui est légitime. C’est légal de prêter à intérêt et de faire fructifier les biens que nous avons. Mais, pour un ami de Dieu, ce n’est légitime que jusqu’à un certain point : « Si tu prêtes de l’argent à un pauvre parmi tes frères, tu ne lui imposeras pas d’intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C’est tout ce qu’il a pour se couvrir. »

Loin d’accuser le pauvre d’être pauvre ou l’immigré d’être immigré,
le Livre de l’Exode considère simplement l’homme que l’on croise dans la rue
et nous pose la question de notre responsabilité à son égard.

Saint Jean dira : « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit,
est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. »
Cette parole est dure mais, au dernier jour, elle demeurera…
* * *
Si la formule de saint Paul vaut pour ce que nous possédons,
elle vaut, plus profondément encore, pour ce que nous sommes.

« Qu’as-tu que n’aies reçu et si tu l’as reçu pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » Je suis chrétien et heureux de connaître Jésus ? Qu’as-tu que n’aies reçu ! Je désirerais que le nom de Jésus soit connu et aimé ? Qu’auront-ils qu’ils n’auront reçu ? Aide-nous, Seigneur, à devenir d’authentiques disciples-missionnaires pour que ton nom soit connu et aimé !

Dans la Première Lettre aux Thessaloniciens, saint Paul nous donne ce matin une leçon fondamentale de mission : « Quand les gens parlent de nous, dit-il, ils racontent l’accueil que vous nous avez fait ; ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles, afin de servir le Dieu vivant et véritable.

Le meilleur antidote contre l’idolâtrie, c’est l’amour du Seigneur, unique et vrai Dieu. C’est le grand commandement, qui nous aide chaque jour à comprendre que le second lui est semblable : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Les Thessaloniciens sont exemplaires — et ainsi missionnaires — par la façon même dont ils vivent : « Vous êtes devenus un modèle, dit saint Paul, pour tous les croyants de Macédoine et de toute la Grèce. » Demandons au Seigneur cette grâce de puiser dans l’Eucharistie et dans l’adoration la force de vivre chrétiennement notre vie pour que notre façon de vivre, plus encore que nos paroles, témoigne de lui. Amen.